Énigmes, défis et casse-têtes : un genre littéraire né au XVIIᵉ siècle, trois siècles de récréations, et le projet qui les fait revivre.
« Des connaissances et une culture accessibles : le plaisir des maths pour toutes et tous ! » Cette phrase ouvre le projet Récréations Mathématiques de Plaisir Maths. Elle dit une ambition simple : faire circuler une culture mathématique ludique et accessible — à l'école bien sûr, mais aussi dans les familles, les structures socioculturelles, les médiathèques, les MJC et les lieux de culture et de diffusion des sciences.
Un genre littéraire né au XVIIᵉ siècle
Le projet n'invente rien : il s'inscrit dans une tradition de plusieurs siècles. Au XVIIᵉ siècle émerge en Europe un nouveau type d'ouvrage — des livres de jeux, d'énigmes et de défis mathématiques qui se veulent amusants, accessibles et divertissants, tout en permettant de s'instruire et de développer sa curiosité. On les appelle des récréations mathématiques.
Jacques Ozanam (1640-1718), premier grand vulgarisateur
C'est Jacques Ozanam qui donne à ce genre ses lettres de noblesse. Contemporain de Blaise Pascal (1623-1662) et de Leibniz (1646-1716), membre de l'Académie royale des sciences, il est à la fois mathématicien et enseignant — et l'un des tout premiers « vulgarisateurs » des mathématiques en France. Ses Récréations Mathématiques, publiées en 1694, seront rééditées pendant plus de 150 ans et traduites en plusieurs langues.
Dès la préface, il écrit :
“Les jeux d'esprit sont de toutes les saisons & de tous les âges ; ils instruisent les jeunes, ils divertissent les Vieux, ils conviennent aux riches, & ne sont pas au-dessus de la portée des pauvres ; les deux Sexes s'en peuvent accommoder sans choquer la bienséance.”
— Jacques Ozanam, préface des Récréations Mathématiques, 1694
La formule est remarquable pour son époque : elle affirme que les mathématiques ne sont ni affaire d'âge, ni affaire de fortune, ni affaire de genre. Ozanam fait partie de ceux qui, à son époque, ont compris la nécessité d'instruire en divertissant et de rendre les mathématiques accessibles à toutes et tous. Il ouvre en France le siècle des Lumières, qui débouchera sur l'Encyclopédie coordonnée par Diderot et D'Alembert.
Le projet de Plaisir Maths se place dans cette continuité : les actions et les recherches menées visent explicitement à remettre en lumière cette dimension historique et culturelle des jeux mathématiques.
Un projet à la fois historique et didactique
Les Récréations Mathématiques sont un projet du Lab de Plaisir Maths, coordonné par deux chercheurs aux compétences complémentaires.
Nicolas Pelay — didacticien des mathématiques
Il conçoit les jeux et les animations au sein du Lab, en connexion avec les structures partenaires. Sa thèse sur les jeux mathématiques comprend une partie consacrée aux récréations mathématiques et à Jacques Ozanam.
Lisa Rougetet — historienne des mathématiques
Maîtresse de conférences à l'Université de Brest, ses recherches portent sur l'histoire des jeux et des récréations mathématiques. Elle recense les récréations présentant un intérêt historique et coordonne la rédaction de l'ensemble des textes, dans leur dimension culturelle et historique.
Autour d'eux, enseignants, chercheurs et animateurs travaillent ensemble selon les projets pour déployer les récréations mathématiques sur l'ensemble du territoire.
Quatre objectifs
- Rendre les mathématiques plaisantes et amusantes.
- Partager la dimension culturelle et historique des jeux mathématiques.
- Développer la curiosité et le raisonnement.
- Rendre les concepts mathématiques concrets et accessibles.
Des animations qui s’invitent partout
Les animateurs et médiateurs de Plaisir Maths proposent jeux, défis, casse-têtes et énigmes dans les écoles, les centres de loisirs, les médiathèques et les lieux de diffusion des mathématiques. Dans la tradition historique du genre, l'objectif est de permettre à chacune et chacun de s'amuser avec les mathématiques, de stimuler son esprit et d'apprendre à son rythme.
Les réfractaires aux maths découvrent qu'il est possible d'y prendre du plaisir ; celles et ceux qui en sont déjà amateurs sont stimulés par de nouveaux défis. Plaisir Maths se déplace dans toute la France et crée des projets sur mesure.
Du matériel et des ressources, à l’école comme en famille
Pour renforcer la diffusion des récréations mathématiques au sein des familles, des écoles et des structures socioculturelles, Plaisir Maths propose du matériel, des ressources, un accompagnement et des formations — construits de façon personnalisée selon les enjeux éducatifs de chaque structure et de chaque famille.
Ce que l'héritage donne aujourd'hui
La filiation n'est pas seulement théorique : elle se matérialise en fiches. Chaque récréation reprend la forme du genre — une situation racontée, une question, puis l'explication mathématique — sur deux pages photocopiables.
Le dépliant du projet annonce la même ambition qu'Ozanam, en trois siècles de moins : une série d'expériences ludiques qui entraînent les jeunes et les adultes, « même les plus réfractaires », à la découverte du monde des maths.






